Comment la diversité suscite la créativité

Qu’est-ce qui fait qu’un groupe, qu’une organisation, qu’une entreprise, ou qu’un pays gagnent, qu’ils innovent ? La réponse définitive nous est encore largement inconnue, mais un des facteurs fondamentaux, c’est la diversité.

Dans les séminaires de créativité auxquels j’ai eu la chance de participer, on parle du facteur “1+1=3″ : le tout est différent de la somme de ses parties. Autrement dit, l’échange entre plusieurs « cerveaux » permet de créer quelque chose de plus fort que la simple addition de leurs idées prises séparément. Les « rebonds » entre ces cerveaux permettent l’émergence de quelque chose de neuf. Et surtout, plus il y a de diversité et de différences d’idées, plus la chance d’atteindre quelque chose d’original est élevée . Autrement dit, plus une équipe possède en son sein des modes de pensée et de fonctionnement différents, qu’on peut aussi appeler “cultures”, et plus le groupe est créatif.

Les groupes homogènes permettent l’efficacité de la production : ils mettent en œuvre un fonctionnement répétitif le plus souvent parfaitement « productif », mais ils ne créent rien de nouveau, ils sont peu « créatifs ». Il existe une résistance naturelle à la différence, elle est vue comme menaçante car porteuse de destruction potentielle du modèle homogène sécurisant. La tentation est donc forte d’uniformiser l’équipe et d’éliminer les éléments qui ne sont pas conformes (that don’t belong). Pourtant, les « anomalies » (ou différences) sont à la base de la théorie de l’évolution, sans elles, un groupe court le risque de disparaître à terme. C’est donc le rôle du leader de s’assurer que le groupe accepte ou, mieux encore, recherche de la diversité en son sein.

Inversement, les équipes hétérogènes ont plus de mal, du fait de leurs différences, à fonctionner dans un mode productif. Elles sont créatives, mais il est plus difficile de les faire tourner harmonieusement, il peut y avoir dissonance au sein de l’orchestre. Cela réclame de l’attention et du talent au chef d’orchestre pour le faire durer.

A un niveau plus large, prenons le Japon, un pays que je connais bien, comme exemple d’homogénéité en terme de culture. Peu d’immigration, peu d’ouverture au multiculturalisme, peu de diversité de communautés. Le Japon reste très efficace en terme d’organisation, mais il rencontre aujourd’hui des difficultés à se réinventer, auxquelles cette uniformité n’est sans doute pas étrangère. Ce qui, dans d’autres circonstances, pourrait être une force est en train de devenir un boulet facteur de problèmes démographiques et économiques importants. Les pays qui s’ouvrent au multiculturalisme et à la diversité sont régulièrement perturbés par des soubresauts sociaux, mais ce sont des pays « agiles » qui, j’en suis convaincu, en tireront un jour ou l’autre les bénéfices. Non seulement ces soubresauts sont des symptômes du changement, ce sont aussi des nécessités : dans la théorie de l’évolution, ce sont les anomalies qui permettent à une espèce de s’adapter, de prospérer voire de survivre.

Savoir résister à la tentation de la facilité – comme celle de créer une équipe qui correspond à un canon uniforme – réclame du courage politique ou, au niveau de l’entreprise, du courage managérial. Le mystère et la magie de l’émergence de la créativité restent encore en partie à percer. Mais nous connaissons déjà certains de ses ressorts fondamentaux, dont celui de la diversité qui constitue une nécessité d’évolution.